Déconstruction d’un récit :
Le mobilier Chandigarh, célèbre pour ses lignes épurées et son caractère intemporel, est bien plus qu’un simple symbole du modernisme.
Conçu dans les années 1950 pour répondre aux besoins pratiques de la ville éponyme, ce mobilier est né du projet architectural visionnaire de Chandigarh, nouvelle capitale du Pendjab, imaginée après l’indépendance de l’Inde. Le Corbusier, mandaté pour concevoir la ville, fit appel à son cousin et collaborateur Pierre Jeanneret pour l’assister dans cette entreprise ambitieuse. Ensemble, ils dessinèrent une cité moderne, où chaque élément, du plan urbain au mobilier, devait refléter une approche fonctionnelle et pragmatique.
Ces meubles étaient d'abord pensés pour être utilisés, et non pour devenir des icônes de luxe exposées dans des galeries occidentales.
Si le nom de Pierre Jeanneret est souvent mis en avant, le mobilier Chandigarh est avant tout le fruit d’une œuvre collective, où des jeunes architectes indiens ont joué un rôle crucial.
Parmi eux, Urmila Eulie Chowdhury, une figure pionnière en Inde, a contribué à la conception et à l’adaptation de plusieurs pièces emblématiques. Chowdhury, par exemple, est créditée de la création de la Library Chair, qu’elle avait modifiée pour des raisons ergonomiques.
Pourtant, avec le temps, une réécriture de l’histoire s’est opérée. Dans les années 1990, des galeries européennes découvrirent ces meubles abandonnés dans des entrepôts et les repositionnèrent comme des « objets d’art » dans le marché occidental.
Ce processus, parfois qualifié de capitalisme post-colonial, a réduit l’apport des concepteurs indiens à des notes de bas de page dans l’histoire du design, tout en transformant ces meubles utilitaires en trophées de collection.
Cette dérive se reflète dans une anecdote révélatrice :
Nia Thandapani, chercheuse en design, acheta un lot de meubles lors de la fermeture de la “NGEF Electrical Factory” à Bengalore et découvrit qu’ils partageaient des similitudes troublantes avec les chaises de Chandigarh attribuées à Pierre Jeanneret.
En investiguant, elle et son équipe mirent en lumière des incohérences dans les récits habituels, ouvrant la porte à des questions fondamentales sur la conception, la production et la valeur actuelle de ces pièces.
Des objets qu’on utilise,
pas qu’on idéalise.
Easy Armchair, tente de renouer avec l’esprit originel du mobilier Chandigarh : des meubles à vivre, conçus pour être durables. Inspirés par l’héritage de Pierre Jeanneret et de ses collaborateurs, nous fabriquons artisanalement chaque pièce dans notre atelier à Rions, en France, en adaptant ces designs aux besoins contemporains tout en respectant leur histoire.
Ce choix à contre-courant de l’industrie du meuble nous offre une flexibilité unique et nous permet de répondre aux demandes spécifiques de nos clients, qu’il s’agisse d’ajuster les dimensions, de personnaliser les finitions ou d’adapter le design à des besoins particuliers. Nous collaborons étroitement avec des architectes et des designers d’intérieur pour transformer leurs idées en réalité.
En honorant des figures comme Urmila Eulie Chowdhury, nous voulons rappeler que ces meubles sont nés d’une collaboration entre cultures et perspectives, et c’est cet esprit que nous faisons vivre aujourd’hui.
Pour un design coopératif
Nous croyons que le design est un langage universel qui gagne en richesse lorsqu’il est partagé.
Toutes nos créations sont des modèles déposés. Cependant, nous avons à cœur de favoriser les nouvelles pratiques collaboratives en permettant à d’autres fabricants de donner vie à nos créations.
Grâce à notre système de licence commerciale, il est possible d’acquérir les plans de fabrication de nos pièces à un coût réduit. Cela offre aux artisans, fabricants locaux et professionnels de l’industrie l’opportunité de produire nos modèles tout en respectant nos standards de qualité et de conception.
Cette démarche encourage une approche collective du design, où le savoir-faire et les ressources locales peuvent s’intégrer harmonieusement à une vision esthétique commune.
Par ce modèle coopératif, nous espérons insuffler une dynamique durable et inclusive, permettant à nos créations de se diffuser tout en soutenant les acteurs du design et de l’artisanat partout dans le monde.
Crédits photo :
1. Pierre Jeanneret jeune, DR, du-grand-art.fr
2. Jeanneret à côté d’Urmila Eulie Chowdhury, CC, wikipedia